Le conte de Toto ou le con de Toto, selon les jours, les années, les avis.

CHAPITRE 5 : Lôzane bouge.
(…suite)

– Lôzane bouge ? Tiens j’en avais jamais entendu parler. Alors, c’était quoi ce mouvement ?
– Ben, faut remettre ça dans son contexte. Dans toute l’europe, il y avait comme un vent de révolte, de revendications. Marley en était un peu le symbole, mais en même temps un nouveau mouvement musical était né.
– Le mouvement Punk ?


– Exact mon pote ,le mouvement punk. Même si on était pas des fans des Sex Pistols, avec Toto, on était fan de pleins de groupes mythiques de l’époque, issus de ce mouvement, et qu’on a appelé par la suite, le Punk-rock ou la New Wave . Les Clash en est le symbole, ils venaient de sortir le double London Calling, une perle. Ils étaient moins destroy que les Pistols, genre fuck le system, mais hyper engagés et revendicatifs. En fait, c’était le premier groupe à faire le lien entre le reggae et le mouvement punk, à faire de la world. Y avait plein d’autres groupes qui explosaient au même moment, les Specials, Police et évidemment, les Cure ! Que des groupes mythiques…
– A fond ! Et alors Lôzane bouge dans tout ça ? Quelles étaient les revendications ?
– Et ben à Zürich comme Lausanne, les revendications étaient les mêmes. : les jeunes voulaient avoir un centre autonome, un lieu à eux, un lieu alternatif, hors du système. Donc ils faisaient des manifs, régulièrement, réclamant un centre autonome. A Lausanne y avait eu une manif bien violente vers Bel air – St Laurent !
– Les manifestants ont tout pété ?
– Non, les flics ont tapé sur tout le monde tout en les arrosant de gaz lacrymo. Faut dire que la répression policière était terrible, à Zürich comme à Lausanne. La même répression policière qu’on a pu voir contre les indignés de Occupy Wall Street récemment, totalement démesurée.
Ce samedi, avec Toto, on était donc à la manif et on s’est fait prendre en revers par les flics sur la route qui descend de Bel Air vers les Arches et le D club. Les flics avaient chargé, on est descendu en courrant et on s’est fait gazé. En courrant, Toto a fermé les yeux, il est rentré dans un parcomètre et s’est pété le bras. Le lundi, il partait à un voyage d’études en Italie avec le gymnase…avec le bras dans le plâtre ! Toute la classe s’est foutu de sa gueule,ahahah.
– Je comprends pas bien ct’histoire de centre autonome, au fait ça a marché ?
– Faut quand même que tu t’imagines, à Lausanne y avait rien pour les jeunes à cette époque, rien.
Pas une boîte genre Mad, D, Loft et autres. Tu voulais sortir, y avait rien. La ville de Lausanne venait de fermer deux cafés pour des histoires de shit, je me souviens même de leur nom sans y avoir mis les pieds, j’étais trop jeune, c’étaient le Mao et le Barbare. Si bien qu’il ne restait plus que le café de l’Evêché et un autre à la gare, le Fox, un super bistrot qui n’existe plus. Question boîte, il y avait en fait que l’ Jhonnies avec le Baron, un monument, qui tient maintenant le café des Amis, un type chargé d’histoire, plus que gentil…et où tu manges bien.
– Incroyable ! Lausanne capitale actuelle romande de la nuit, n’avait qu’une boîte et deux cafés ?
– Eh oui. Mais à force de manifester, les zürichois et les lausannois ont eu leur centre autonome… et dans les 2 villes, ils ont été fermés dans les mois qui ont suivi.
– Donc ça n’a servi à rien !
-T’oublies mec ! A Zürich, la ville a donné aux jeunes un lieu mythique que tu connais évidemment : la Rote Fabrik, au bord du lac. Un endroit qui a vu des centaines et des centaines de groupes jouer.
– Ouais grave !
– La Rote Fabrik reste aujourd’hui l’expérience la plus réussie du mouvement alternatif suisse, un succès, un cas d’école. Tous les suisses allemands ont été à La Rot. Et beaucoup de romands…
– Et à Lausanne que s’est il passé ?
– Le centre autonome était situé à la rue St Martin, à côté de la Taverne bernoise. Juste derrière, y avait un petit local pour faire des concerts.Ca s’appelait le Cabaret Orwell. On allait voire pleins de concerts là-bas. Fernand Melgar en était responsable et Secco était le Dj.
– Secco ? Pepe secco, le mythique Secco ?
– A fond, il était déjà Dj alors que le mot même de Dj n’existait pas , ahahahah !
– Et ça a donné quoi ce Cabaret Orwell ?
– Il a été fermé, comme le centre autonome. Mais la ville a donné aux jeunes un nouvel endroit qui est, comme la Rot, devenu mythique : la Dolce Vita !
– La Dolce ? Incroyable, c’est là que j’ai vu tous mes premiers concerts !!!
– Ben tu vois, finalement ça à servi à qqch de se faire matraquer, ahahah. Et tous les responsables de la Dolce de l’époque sont devenus des personnages de la vie culturelle vaudoise actuelle. Y avait Ridet, chef de la fondation des musiques actuelles,Najkin, manager de Sophie hunger, Eric truffaz et des Young Gods, Tanguy, chef du service de la jeunesse de la ville de Lausanne, Mix et Remix… et Ron, le chef des doormen, il est un des 3 associés du loft. Personne ne voulait lui prêter du fric, black nigérian,pour une boîte. Combien de Dj’s ont commencé à la dolce…Et combien de groupes !?
Comme tu le sais, la Dolce, au contraire de la Rote, a été fermée par la Ville. Les Docks et le Romandie sont les enfants de la Dolce…et les petits enfants du Cabaret Orwell (sourire).
– Quelle époque de fous ! Et vous avez réussi à passer votre bac avec tout ça ?

Demain, suite, chapitre 6

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