Le conte de Toto ou le con de Toto, selon les jours, les années, les avis.

CHAPITRE 14 : L’impôt ordinaire sur les sociétés.
(…suite)

-Ecoute, c’est tard, envoie lui un message et propose lui une petite bouffe. Ca me gêne de l’appeler comme ça. En fait ça me gêne parce que, ça fait longtemps qu’on s’est pas vu. Disons que ça fait des années qu’on se voit beaucoup moins. On aurait jamais du avoir des relations business…
– Ok j’y balance un sms. Mais tu dis relations business, au fait, t’as bossé pour Toto ?
– Non, t’es fou ! J’ai bossé presque 8 ans chez Barclays. Après 3 ans passés à Genève, ils m’avaient délocalisé à Londres. J’avais commencé comme trader, mais j’avais pas supporté le stress, je me suis spécialisé dans le service juridique et conseils d’entreprise. En 96, deux potes traders m’ont proposé de les rejoindre à Lausanne pour faire une boîte regroupant un peu toutes les activités. J’en avais un peu marre de la vie d’expat, j’ai accepté et je les ai rejoint, je me suis occupé de tout ce qui touche à l’optimisation fiscale, pour les privés comme pour les sociétés.


– C’est quoi encore ça ? Je connaissais l’évasion fiscale, la fraude fiscale…
– L’évasion est considérée comme de la fraude depuis peu en Suisse, depuis que le conseil fédéral a tué le secret bancaire….L’optimisation fiscale est quelque chose de tout à fait légal. C’est juste de trouver le meilleur moyen pour payer un minimum d’impôt tout en restant dans le cadre légal. Le top pour un optimisateur fiscal, c’est que son client paie pas un sou d’impôt !
– Ah oui, ça me rappelle Hildebrand. Il a gagné plus de 920’000 francs en 2010 et payé 20’000 francs d’impôts. Ca veut dire qu’il a un bon optimisateur fiscal ?
– Exact, il doit en avoir un tout bon, ahahah !
– Et Toto dans tout ça ?
– Alors Toto, il avait commencé à faire de l’import de godasses avec ses 30’000 balles. Il avait chopé des bonnes marques en distribution. C’était le début de la house et du Hip Hop, le Mad commençait à être connu dans toute la Suisse. Il se passait un truc à Lausanne. Dans la House, c’était le début de pleins de Dj’s comme Djamming, Mandrax, Mr Mike, les frères Athias…et dans le Hip Hop, y avait Sens Unik qui commençait à exploser. Tout ça a commencé au Rôtillon !Y’avait aussi Obsessions, le magasin de disques d’Antoine, à côté du premier Maniak ou bossait madame Morand.
Toto avait repris un magasin d’antiquaires juste plus haut et en avait fait un shop sur deux étages. Le décorateur du Mad de l’époque, Antoine Delarue, avait fait un gros arbre en 3D contre la façade, avec des chaussures qui pendaient. C’était aussi beau que…le minaret de Bussigny tiens !
– Donc il a pas commencé au Flon.
– Non c’était au Rôtillon. Et il a direct cartonné. En distribution il avait plusieurs marques qui ont bien marché comme Travel Fox ou Palladium. Les premières années, il faisait tout tout seul. Quand je dis tout, c’est tout : voir les fournisseurs à l’étranger dans les salons, prendre des nouvelles marques, aller les vendre dans toute la Suisse, faire les paquets, facturer, encaisser, bref tout de A à Z
Ce qui a fait qu’il a tout de suite eu affaire aux impôts !
– Comment ça ?
– Pas au niveau des impôts perso ! Pendant des années, il a eu un tout petit salaire. Il limitait les frais au maximum, son premier dépôt coûtaient 200.- balles par mois..et prenait l’eau ! Chaque franc gagné était réinvesti dans sa boîte, pendant des années. Il avait réussi à avoir un crédit de 50’000 chez UBS mais était obsédé de le rembourser au plus vite. Il ne voulait pas devoir quelque chose à quelqu’un, et surtout, il ne supportait pas devoir chaque mois remplir des formalités pour ce crédit, du genre cession de débiteurs. Donc il l’a vite remboursé et vu qu’il avait monté une affaire très légère en investissements, qu’il n’avait plus de dettes et très peu de coûts, il a directement fait des bénéfices et passé à la caisse.
– C’est à dire ?
– Et bien il a payé l’impôt ordinaire des sociétés dans le canton de Vaud, c’est à dire au total entre les 8% d’impôts fédéraux et les 17% d’impôts cantonaux et communaux, environ 23% sur ses bénéfices.
– Normal !
– Ouais normal ! Mais Toto est quand même venu me voir pour me demander un premier conseil. Il trouvait que le système favorisait ceux qui avaient des dettes mais pas ceux qui économisaient sur tout pour pouvoir réinvestir dans leur boîte et qui donc faisaient des bénéfices, et payaient des impôts. Tu te rends compte que fiscalement la dette est mieux traitée que l’épargne !
– Et qu’est ce que tu lui a conseillé ?
– A l’époque il n’avait qu’un magasin et l’essentiel de son business était de la distribution, c’est à dire de l’importation de biens et leur revente en Suisse. Il avait la structure idéale pour créer une société écran n’importe où hors de suisse, dans un semi paradis fiscal, qui jouerait le rôle d’intermédiaire entre les fournisseurs de chaussures européens et la société de Toto en Suisse, laissant au passage une partie du bénéfice dans un lieu hors taxe. Sur mes conseils Toto a donc été à Londres voir des spécialistes que je connaissais. Ils lui ont proposé de faire une société écran à Chypre, un peu moins louche pour une petite structure que les purs paradis fiscaux comme Gernsey ou autres. Ils lui ont donné tous les contacts, il y avait plus qu’à y aller.
– Donc il a débarqué à Chypre ?
– Non ! Il n’a pas voulu et on s’est engueulé ! Il ne voulait pas parce qu’il trouvait compliqué de créer une société à Chypre, avec une officine fictive, une boîte aux lettres. Mais surtout il disait qu’il avait besoin de chaque franc gagné pour le réinvestir et il ne pigeait pas le sens d’avoir du fric dans une société à Chypre avec lequel il ne pouvait rien faire. Et au fond, il ne voyait pas d’inconvénients à payer des impôts dans le canton de Vaud. Pour lui ça a toujours été normal de contribuer en payant des impôts, encore plus si tu en as les moyens.
– Donc il a fait quoi ?
– Et ben il a gardé sa petite structure et payé son impôt ordinaire de 23%, heureux !
Et je l’ai traité de con ! Je lui ai dit qu’il avait rien compris et tout, mais il ne voulait pas m’écouter. Du coup, on s’est moins vu. Faut dire que je fréquentais d’autres gens à cette époque. Du reste il ne m’en a jamais voulu, la preuve, il est revenu me voir pour me demander conseil des années plus tard, vers 2003. Entre temps il avait ouvert des magasins à Zürich, Bâle, Genève, Neuchâtel…
– Il t’a demandé de faire une société écran cette fois ?

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