Le conte de Toto ou le con de Toto, selon les jours, les années, les avis.

CHAPITRE 15 : Toto, le payeur d’impôts heureux!
(…suite)

– Non, pas tout à fait. Entre temps, son business s’était développé à fond, il avait laissé la distribution pour se concentrer sur le détail. Il n’y avait pas internet à l’époque. Toto allait tout le temps à Londres ou New York voir les trucs qui cartonnaient, et qui allaient cartonner en Suisse. La Suisse avait du retard à l’époque. Et les Suisses-totos avaient beaucoup de retard sur lui dans ces années, donc il avait un gros succès à Zürich, c’était le premier à vendre du Nike et de l’Adidas dans tout le Niederdorf !
– Donc il a continué à cartonner et à payer son impôt ordinaire sur les sociétés de 23% ?
– Exact, toujours aussi heureux ! Mais quand il est venu me voir ce jour là de 2003 , je peux te dire qu’il maillait un peu. Il venait de faire plusieurs bonnes années et ce n’est pas de payer les impôts sur les bénéfices de sa boîte qui le faisaient mailler. C’était ses impôts perso !


– Il s’accordait un énorme salaire ?
– Oui et non, sa société a commencé à valoir du blé ! Toto avait vu les difficultés qu’avait eu son père avec son entreprise industrielle, il a toujours été obsédé de faire des réserves en cas de coup dur.
– C’est plutôt bien les réserves, pour les mauvaises périodes…
– Oui c’est bien, mais ça se paie. L’administration des impôts évalue la valeur d’une société par un savant calcul selon les bénéfices réalisés chaque année et selon les réserves accumulées dans la société, c’est à dire des bénéfices non distribués au fil des ans.
Est donc arrivé à Toto ce qui arrive à de nombreux entrepreneurs vaudois, il a du s’octroyer un énorme salaire… juste pour payer ses impôts ! Il m’a même dit ce jour là qu’il n’osait plus dire à personne ce qu’il gagnait parce que personne ne comprendrait !
– T’as raison je comprends rien, explique ?
– Et ben c’est simple, sa société était évaluée à cette époque à je ne sais plus combien, disons 10 millions de francs. Etant le fondateur et l’actionnaire unique, ces 10 millions ont donc été imposés comme faisant partie de sa fortune privée, ce qui représente un impôt à payer dans le canton de Vaud de 87’000 francs annuel !
Donc il devait se payer 87’000 francs, plus les impôts dus sur ces 87’000, environ 33’000, soit 120’000 au total. Il avait 10’000 francs par mois à sortir de la société pour zéro franc au final , même pas 3 francs pour prendre le bus!
– Tiens j’avais jamais vu ça sous cet angle. Pour moi les chefs d’entreprise paient pas assez d’impôts, c’est les méchants comme dirait la gauche ! Et qu’est ce que tu lui as conseillé alors dans ton bureau d’optimisation fiscale ?
– Comme il ne voulait toujours pas faire de société écran, je lui ai proposé la meilleure solution !
– Faire des pertes pour que sa société vaille moins de blé (sourire) ?
– Non, de s’établir dans le canton de Schwytz ou de Zoug. Ses impôts de 87’000 payés uniquement sur l’évaluation de sa société à dix millions se seraient transformés à 16’000 franc à payer en Suisse centrale! Gain d’impôt annuel : 71’000 francs !
– Putain, c’est énorme !
– Et oui c’est énorme, c’est pour ça que beaucoup d’entrepreneurs vaudois ayant réussi prennent domicile fiscal en Suisse centrale ou à l’étranger comme à Londres.
– Et Toto, il a fait quoi alors ?
– Ben devine ! C’est un capricorne à tête dur ! Entre temps, il avait acheté une maison à Epalinges, à côté de sa maison familiale où il a passé toute son enfance. Et tu sais ce qu’il ma répondu quand je lui dit de se casser à Schwytz ?
– Ben il t’adit : vas-y toi même à Schwytz !
– Exact ! En fait il ne se voyait pas acheter un bien immobilier à Schwytz, déposer ses papiers, dealer avec l’administration suisse allemande. Mais surtout il se sentait hyper bien à Epalinges et l’idée d’être un « illégal » s’il continuait à y vivre en ayant ses papiers à Schwytz lui rendait juste le truc insupportable ! Je me souviendrai toujours ce qu’il m’a dit : « J’ai pas envie de me planquer quand je plante mes carottes et j’ai envie de garder la tête aussi haute que les oies de la ferme que je croise chaque jour sur mon chemin en rentrant… ».
– Donc il ne s’est pas cassé chez les Schtobirns ?
– Et non, il est resté à Epalinges et a payé un max d’impôt… Mais ça lui a jamais fait mal d’en payer. Il a toujours pris ça comme une contribution à la société. Il ne voulait pas payer des impôts à Zoug ou à Schwytz, même beaucoup moins, alors qu’il passait tout son temps à Lausanne. Côté business, il aurait gagné aussi beaucoup s’il avait déménagé sa société du canton de Vaud dans un de ces cantons de Suisse centrale. Pour les entreprises aussi, ces cantons sont des champions ! Mais il a laissé le domicile fiscal de son business dans le canton de Vaud.

Broulis pourrait lui donner une couronne d’ailleurs : celle du payeur d’impôt heureux (sourire) !
Il aurait du mettre Toto en couverture de son bouquin « l’impôt heureux »,ahahah.
– Tu parles de son livre ? Le petit frère d’un pote l’a reçu pour ses 20 ans, il a pas compris, il l’a filé à son neveu de 9 ans !
– Ouais, Broulis est mon chef, il est cool et tout, mais sa tactique, comme beaucoup de politiques, c’est de ne pas dire grand chose. Dans son livre t’apprends deux trois anecdotes mais la problématique et la politique des impôts dans le canton de Vaud ne sont pas abordées, pour les sociétés comme pour les personnes physiques. Il préfère ne pas trop en parler, donc au final endormir un peu les gens et cacher l’essentiel. Il continue à promouvoir le canton en offrant des exonérations fiscales aux entreprises étrangères et des forfaits fiscaux aux personnes physiques ! Sans parler de tous les autres allégements possibles pour les sociétés !Tout ça ne fait qu’accélérer la pression de tous les pays sur la suisse et le Canton de Vaud, c’est un mauvais calcul, Toto a raison !
Broulis a tellement exagéré que même les autres cantons sont fâchés et parlent de concurrence déloyale. Un rapport explosif de la commission fédérale des finances va sortir vendredi prochain, le canton de Vaud est montré du doigt, à un mois des élections, ça promet !
– C’est quoi ce rapport, j’en ai pas entendu parler ?

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