Le conte de Toto ou le con de Toto, selon les jours, les années, les avis.
…suite

CHAPITRE 30 : En avant la musique !

– Hey les gars, j’en peux plus d’entendre parler d’économie et de fiscalité, ça fait trop longtemps là, vous voulez pas changer le disque ?
– A fond, t’as raison. Ben dis nous, à propos de disque, ça se passe comment au niveau de ta boîte de prod de musique ?
– Ecoute, ça va , j’ai la chance de faire tourner plusieurs des meilleurs artistes suisses. J’ai les deux artistes romands que tu connais, et sinon, j’ai dégoté deux chanteuses suisses allemandes avec un avenir prometteur.
– Génial, t’assures trop. Dire que t’as toujours vécu de ta première passion, ta passion d’ado, à fond dans la musique.


– Ouais c’est vrai, j’ai du bol, je suis un privilégié. Mais j’ai du cravaché pas mal, si t’es pas passionné, faut oublier tout de suite, y a trop de moments où tu galères et où t’es prêt à tout arrêter.
– Oui mais t’as des groupes qui cartonnent, tu dois être super content.
-Tu connais l’histoire : le marché suisse est très petit, c’est donc très dur, à tous le niveaux : tu vends moins de CD et tu tournes moins que dans un grand marché comme la France. Et avec le marché des CD qui tombent, ce qui compte c’est de faire beaucoup de dates de concerts, c’est primordial. C’est ce que fait un mec comme Stress, non seulement il vend un max mais il arrive à faire beaucoup de dates en Suisse.
– Ouais c’est un bon pote, son business c’est une entreprise, il cartonne. Il a sa marque d’habits BEAR et il collabore à faire une collection de shoes pour Navyboot à son nom, c’est un hyperactif, il se prend pas la tête et il s’est beaucoup engagé contre l’UDC, respect.
– Mais bon, au niveau du marché suisse actuel, il reste une exception. Pour mes artistes qui sont destinés à un public un peu plus pointu, le marché suisse est trop petit, il n’atteint pas la taille critique. Si tu veux survivre et te développer, t’es obligé de tourner à l’étranger, de faire des concerts.
Et là ça se complique : non seulement les cachets sont de toute façon plus petits en Europe, mais quand t’arrives avec un groupe suisse pas très connu en France, ton cachet peut ne pas dépasser 1500 euros, et t’es six à tourner…
En plus depuis deux ans, on souffre de la baisse de l’euro, tous les cachets en Europe ramènent moins d’argent en Suisse, et ma structure, elle est bien là en Suisse et je paye des salaires Suisses à mes 5 employés. Ca devient très difficile.
– Et t’as des possibilités d’avoir des aides pour la culture du Canton ou de la Confédération ?
– J’ai réussi à obtenir une aide de Pro Helvetia pour une grosse tournée aux states, mais ça n’a pas suffi à payer les tous les frais, on a donc investi… Sinon, c’est dur d’obtenir une aide du Canton car ça ne rentre pas dans le modèle des aides. Le Canton fait beaucoup pour la culture, il donne beaucoup d’argent à une quantité d’activités culturelles dans le canton, mais il n’aide pas directement les artistes suisses ni les boîtes de prod qui les managent, on doit se démerder tout seul. En tant que petite boîte privée, c’est hyper dur. Et c’est la même chose pour tous les autres.
– Ben pour un mec qui voulait pas parler d’économie, t’es de nouveau revenu sur le sujet ! Tu vois que tout se recoupe, que pour finir, on a plus ou moins tous les même problèmes. Regarde Kudelski, lui aussi il a fait des pertes l’année passée, à cause de l’euro. Mais t’es d’accord qu’en ce qui concerne la culture, le canton fait déjà énormément et les communes comme Lausanne également.
– Tout à fait d’accord, il y a beaucoup d’argent et l’offre culturelle est énorme. Tout l’offre culturelle du bassin lémanique est unique au monde. Toujours est-il qu’il manque des aides pour exporter nos artistes, c’est là où ça flanche, c’est dommage. Et quand un artiste suisse marche à l’étranger, c’est bon pour l’image de la Suisse…autant qu’ Rolex. Mais ça coûte et c’est aléatoire. Je pense que c’est la principale raison du peu d’artistes suisses qui percent à l’étranger : le manque de soutien. Parce que les artistes avec du talent, y en a plein en Suisse, c’est incroyable…
– Tiens, ça me fait penser à Bastian Baker qu’on voit partout maintenant , lui c’est Delarive qui met du pognon, non ?
– Oui, c’est un privé, c’est presque obligé.
– Donc qu’est ce que tu aurais à proposer au niveau de la culture alors que tout le monde est d’accord pour dire que nous sommes déjà privilégiés ?
– Ce qui serait bien serait un office de la Culture Romand composés de professionnels qui puisse faire le lien entre les différents ministres de la Culture des Cantons Romands afin de coordonner les grands projets et déterminer les lignes à suivre, de pousser tel artiste ou tel spectacle à l’étranger. La Suisse Romande est petite et il me semble que les Cantons ne coopèrent pas assez. L’éternelle question est de savoir si ce n’est pas trop d’avoir deux opéras entre Genève et Lausanne, vu le public restreint et les coûts énormes. Si on avait concentré les moyens disposition sur l’Opéra de Genève, la qualité aurait été augmentée…Mais cette question d’opéra est une question parmi tant d’autres qui serait bien d’être débattue dans cet office de la culture romand.
Et toi alors Toto, t’en es où avec ton soutien à la Culture ?

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