Le conte de Toto ou le con de Toto, selon les jours, les années, les avis.
…suite

CHAPITRE 34 : Nouvelles surfaces commerciales : l’overdose !

– Je ne sais pas. Dans ce méga projet du Stade sud, sur les 700 millions au total, 250 millions sont prévus pour le seul stade alors qu’on nous parlait d’un coût de 60-70 millions, le projet final n’a donc rien à voir avec le projet initial au niveau des coûts. C’est devenu un casse tête au niveau financier tant les montants en jeu ont explosé…
Et j’ai oublié encore tous les investissements à faire pour la place de la Sallaz et un vieux projet, la mise sous terre du Leb depuis Chesaux jusqu’au Flon. Le projet vient de ressortir du chapeau, devisé pour pas trop faire peur à 100 millions mais qui coûtera vraisemblablement le triple.
– Et pourquoi veulent ils construire encore un centre commercial au stade sud, y en a pas déjà assez ?
– Tout simplement pour rentabiliser toute l’affaire à 700 millions. Les promoteurs ne trouveront jamais d’investisseurs si il n’ y a pas des milliers de mètres carrés de surfaces commerciales à louer. La même chose pour les logements, ils servent à rentabiliser le tout. Le PDC préconise de construire une piste d’athlétisme au stade sud, à ce quoi on leur a répondu qu’on pourrait plus construire de logements, pas de place…


A part ça, m ême Zürich n’a pas construit deux stades : le FC Zürich joue sur une pelouse entourée de pistes d’athlétisme.
En plus, on a assez d’exemples de centres commerciaux qui ne marchent pas, notamment tous ceux qui se sont faits dans les stades de foot, à Bâle, Berne ou Genève. Ca va que renforcer la crise historique du marché de détail.

– Historique ? A ce point ?
– Oui, à ce point, c’est la grosse crise dans le marché de détail suisse, une crise jamais vue depuis 30 ans.
– T’exagères, y avait pas de Pomp It Up i l y a 30 ans, tu ressens la crise dans tes shops ? Parce que quand je passe devant on dirait qu’il y a toujours du monde ?
– Tu rigoles ! On souffre, on souffre comme des bêtes et comme tout le reste de la branche. C’est la dèche : des maisons aussi différentes que Grieder Bon Génie ou Ochsner n’ont jamais vu ça depuis 30 ans, c’est la panique. Les groupes exigent de plus en plus de leur fournisseur pour améliorer leur marge, ils flippent total. L’acheteur de Bata Suisse s’est fait virer récememnent, Vögele fait des pertes, Ochsner aussi, pour la première fois de leur existence, c’est la zone.
Et nous on y échappe pas, les chiffres de janvier et février sont toujours aussi mauvais.
Je prêche dans le désert depuis un an, depuis que tout le monde et particulièrement les médias mettent toute la faute sur l’euro. En fait les médias ont provoqué, ou en tout cas accéléré, cette mode de faire des achats à l’étranger. Mais le problème est tout autre, ça n’a rien avoir avec cette histoire de baisse de l’euro, l’euro n’a été que la goutte qui a fait déborder le vase.

– Et le vase, c’est quoi qui l’a rempli alors ?
– C’est d’avoir ouvert des centaines de milliers de mètres carrés de surfaces commerciales dans toute la Suisse pendant 10 ans, aussi bien hors des villes qu’au centre des villes. Les nouveaux centres commerciaux ont poussé comme des champignons et les grandes enseignes ont surmultiplié leurs points de vente au centre ville. On a déjà parlé du problème du duopole formé par Migros et Coop mais prenons un autre exemple, que je connais aussi pas mal, le marché du sport.
Il y a 10 ans au Flon et dans les alentours, j’étais le seul à vendre des baskets, tu regardes maintenant t’y crois pas : Un gros Ochsner Sport s’est d’abord ouvert dans l’ancien Bally au Grand Pont, puis Manor a ouvert un Athleticum en sous sol sur l’ouest du Flon, un autre Ochsner Sport a ouvert à côté du Mad dans le centre Métropole, Trophy Sport a ouvert sur la place rouge du Flon… Si t’ajoutes encore Foot Locker qui a ouvert à la rue Haldimand, ça fait du monde. Et tout ça en moins de 10 ans.
– Mais ça c’est spécial, c’est les baskets ou c’est à cause du nouveau quartier du Flon.
– Non non, je t’assure, c’est la même chose dans toutes les villes et dans toute la branche, il y a clairement eu exagération dans les ouvertures de nouvelles surfaces commerciales, mais la fête est bel et bien finie. Les petits indépendants se font rachetés, c’est la débandade. On va voir beaucoup de magasins fermer et la concentration du marché va encore augmenter. Les gros vont devenir encore plus gros et les petits vont disparaître, c’est pourri. Les petits ne peuvent plus suivre les gros qui ont des meilleures marges et qui n’ont aucun respect du marché, seuls comptent les chiffres pour eux.
– Les chiffres, toujours les chiffres !
– Et oui les chiffres. Regarde cet hiver, les grands groupes ont fait une saison tellement mauvaise qu’ils ont commencé les soldes déjà fin novembre !
Tu ne peux plus les suivre, les soldes commençaient avant toujours après Noel, maintenant il n’y a plus de règles, c’est la jungle. Et dans la jungle, seuls les gros prédateurs survivent !
– C’est fou qu’ils construisent encore des centres commerciaux dans ces conditions !
– Ouais, c’est suicidaire. Mais la fête est finie. Peu de monde s’est fait beaucoup de blé avec ces centres commerciaux. Comment tu crois que Constantin a fait une entrée fracassante dans le classement des 300 plus riches de Bilan ?
– Ben je crois que j’ai compris : en faisant monter les enchères entre Migros et Coop et entre Ochsner et Vögele pour se partager les nouveaux centres commerciaux ?
– Exact, t’es trop fort… comme Constantin (sourire).
Et pourquoi Coop et Migros ont-ils besoin de marges brutes si élevées ?
– Pour financer leurs mauvais points de ventes ouverts que pour prendre des parts de marché.
– Bien joué (sourire). Et dernière question : qui va morfler au final ?
– Les petits comme d’hab.
– Yes, un sans faute, bravo, mais y a de l’espoir !
– Ah ouais ?

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