998755_413618462090816_48121627_nPhoto : Place de l’Europe à l’aube de la première guerre mondiale, en 1914. La Gare du Flon forme un ensemble magnifique avec la maison Mercier et le Palace, architecture typique de 1900.
La question qui se pose est comment a-t-il été possible de massacrer autant cet ensemble, par les horribles rajouts des années 70, qui existent toujours actuellement et qui viennent défigurer le tout, particulièrement les immeubles au premier plan à gauche (antiquités) et le palace auquel a été rajouté un étage style années 70. Un tel massacre aurait il été possible dans une autre ville ? Serait il possible aujourd’hui ?

Mais revenons à l’épopée de la famille Mercier. Jean Jacques Mercier lll a donc choisi l’exil devant la réforme de la fiscalité vaudoise de 1885 qui allait ponctionner trop fortement l’homme le plus riche ou un des plus riches de Suisse romande.
Petite parenthèse pour dire qu’aujourd’hui encore , les entrepreneurs vaudois sont particulièrement taxés : ils sont obligés de s’octroyer de très grands salaires uniquement pour payer l’impôt sur la fortune… C’est pourquoi une grande partie des capitaines vaudois de l’économie et de l’industrie privilégient toujours l’exil fiscal, comme Jean Jacques Mercier lll il y a 130 ans, ceci alors que le forfait fiscal est largement répandu pour attirer les grandes fortunes étrangères… Cherchez l’erreur !


C’est donc Jean Jacques Mercier IV, le fils unique de Jean Jacques Mercier lll qui reprend l’affaire familiale dès l’exil de son père. Il est né en 1859 et n’a que 19 ans quand il commence à travailler dans la tannerie familiale.
Il se maria en 1881 avec Amélie de Molin avec laquelle il eut 6 enfants dont le fils ainé, le Jean Jacques V.

C’est donc sous sa direction que la famille Mercier se voit décerné le premier prix de tannerie de l’exposition universelle de Paris en 1889.

Mais un tournant de l’histoire de la famille Mercier allait arriver : Jean-Jacques Mercier-de Molin entreprit un voyage de près d’une année pour une étude de marché au niveau mondial et une analyse des potentialités commerciales de la Tannerie. Le résultat s’avéra négatif, tant le protectionnisme américain et le développe­ment des techniques de mégisserie dans les pays de l’Est réduisirent considérablement les affaires de l’entreprise lausannoise. Lucides et courageux, Jean-Jacques Mercier père et fils décidèrent de mettre fin à l’activité de la Tannerie qui cessa de produire en 1898 après 158 ans de service et 5 générations de tanneurs.
Le marché américain était en effet devenu un marché essentiel pour la famille Mercier et la montée subite du protectionnisme américain avec une hausse spectaculaire des taxes douanières menaçaient l’existence de la tannerie Mercier qui fut donc vendue.
Dans ce cas aussi, en tant que victime de la prédation américaine, la famille Mercier a joué le rôle de précurseurs, 120 ans avant UBS .

En ce tout début de 20e siècle, si Jean Jacques Mewrcier IV a définitivement tiré un trait sur le métier de base de la famille Mercier, la tannerie, il se retrouve à diriger un petit empire :

– La famille Mercier est propriétaire de toute la surface du Flon en plein boom puisque c’est devenu en deux décennies la plus grande gare marchande du canton.

– Elles est également propriétaire de tous les immeubles qui s’y construisent dont le célèbre Port Franc et les Magasins du LO.

– Elle possède le lac de Bret et vend de l’eau aussi bien pour faire de l’électricité que comme eau potable dans toute l’agglomération lausannoise sauf Lausanne…

– Elle possède la compagnie du Lausanne Ouchy, pièce maîtresse de la logistique des marchandises à Lausanne et en fournit elle même l’énergie.

– Elle possède la château d’Ouchy, hôtel de luxe dans une période où le tourisme explose littéralement, parallèlement à la construction des funiculaires, de lignes de chemin de fer et d’hôtels de luxe aux allures de châteaux.

– Et évidemment la fortune accumulée depuis 4 générations, dont une grande investie dans des titres comme des actions et des obligations.

La tâche de Jean Jacques Mercier IV est donc bien de gérer tous ces acquis.

Et pour les même raisons que son père, la fiscalité, il décida de quitter de Lausanne pour s’installer en Valais, à Sierre où il construisit le Château de Pradec de 1904-1906, sans doute la demeure la plus luxueuse du valais à l’époque, avec ses 4 hectares de jardins, ses boiseries, ses encadrements de fenêtres importés de l’Ain, son granit italien et son mobilier, dont une part héritée de la cour impériale de Chine.Ils confièrent à l’architecte Chabloz le soin d’en dessiner le plan, inspiré du style valdotain, tandis que Marie Mercier de Molin compose elle-même le dessin du parc qui entoure et met en valeur l’édifice.

Jean Jacques Mercier IV et sa femme sont très cultivés, passionnés par la théologie et les sciences naturelles, ils font beaucoup de dons et financent l’école Vinet à Lausanne comme l’école protestante de Sierre, entre autres.
Un doctorat honoris causa de l’Université de Lausanne et une bourgeoisie d’honneur de Sierre viendront récompenser, pour de telles largesses, Jean-Jacques Mercier de Molin.

Comme pour Jean Jacques Mercier lll, aucune étude n’a été faite sur les pertes subies par le Canton de Vaud suite à l’exil fiscal de Jean Jacques Mercier de Molin en Valais, dommage.

Histoire du Flon à suivre, le Flon entre deux guerres, merci pour votre lecture.

Publicités