1186908_428574753928520_117177614_nNous avons vu dans les chapitres précédents les différents événements qui ont opposé la puissante famille Mercier à la ville de Lausanne depuis un siècle, depuis que la ville de Lausanne avait interdit vers 1875 (jusqu’en 1957 et son rachat), l’utilisation des eaux du lac de Bret pour le réseau d’eau potable prétextant sa consommation dangereuse alors que toutes les communes avoisinantes, jusqu’à Morges, l’utilisaient sans problème.
Puis vint les problèmes fiscaux de Jean Jacques Mercier lll, Jean Jacques Mercier Marcel, qui le mena à l’exil fiscal.

Dans ce début des années 80, les conflits larvés de la famille Mercier ou plus proprement de leur holding Lausanne-Ouchy (LO) avec la ville vont s’amplifier pour atteindre leur paroxysme dans les années 90.

Pour mieux comprendre ces différents conflits, il est important de se rappeler la situation de la plateforme du Flon dans ces années. Comme dit au chapitre précédent les dépôts se vident petit à petit au profit des zones industrielles de banlieue, certains locaux restent vides.
En plus, le Flon a une réputation malfamée, un quartier sale où travaillent les prostituées dès la tombée de la nuit.

Consciente du potentiel inutilisé de la plateforme du Flon en plein centre ville, la société LO désire enfin pouvoir développer leur quartier.
Elle doit pour ce faire collaborer avec la ville, condition ciné qua non pour faire passer sa plateforme d’une zone industrielle à une zone d’activités mixtes, avec commerces, logements et activités culturelles.

PPE GARE DU FLON : PREMIER COUAC !

Après plusieurs projets avortés, c’est en 1984 qu’un nouveau projet prend forme pour le Flon sous le nom de PEP Gare du Flon, pour plan d’extension partiel.
Ce plan prévoit principalement le développement de la Gare du Flon, prévoyant déjà l’arrivée du LEB au Flon dans un avenir proche, la poursuite du métro vers le nord (m2) et l’arrivée du Tsol en gare du Flon.

Alors que le PEP a franchi facilement le premier cap, à savoir la majorité au conseil communal, son destin est dans les mains des politiques lausannois.

En effet l’avenir du Flon devient emblématique dans le débat politique et cette situation sera une constante comme nous le verrons par la suite.
Le destin du Flon devient le principal enjeu politique de la ville et c’est dans ce contexte que les socialistes (Psl) , alors qu’ils avaient été pour le PEP dans l’élaboration du projet, changent leur fusil d’épaule et se prononcent officiellement contre, sentant une opportunité de ravir la majorité à la municipalité.
C’est ainsi que les 3 municipaux socialistes brisent la sacrosainte collégialité de la municipalité et s’affichent contre le PEP Gare du Flon dans la presse vaudoise.

Et c’est finalement le 12 octobre 1986 que le projet PEP Gare du Flon est soumis au peuple : avec une participation de seulement 25,8% le PEP Gare du Flon est rejeté par 54,7% des voix, les socialistes ont gagné leur pari…et vont du même coup s’emparer de la majorité, jusqu’à aujourd’hui.

C’est cet épisode qui détériora passablement les rapports entre le LO et la ville. Le LO avait fait confiance aux urbanistes de la ville dans ce projet qui avait rallié tous les partis politiques lors de son élaboration jusqu’au volte face des socialistes. Le LO est très déçu et son directeur général, Eugène Ruffy le fait savoir : désormais le LO ne fera plus confiance à la ville et à ses urbanistes, il ne collaborera plus avec mais développera ses propres projets.
La nouvelle stratégie du LO est donc de faire valoir ses droits et de présenter sa propre vision d’avenir de la plateforme du Flon.

Quant à la ville, pressée de faire avancer les choses, elle reprend l’initiative dès cette fin d’année 1986 en lançant un débat sur l’avenir du Flon et c’est en 1987 qu’elle dévoile son désir de créer un nouveau plan partiel d’affectation pour le Flon et d’ouvrir un concours ouvert à différents architectes.

Réaction immédiate et simultanée du LO et d’Eugène Ruffy : faites le sans nous, nous n’avons pas assez d’emprise sur ce PPA et d’annoncer que la LO a commandité les superstars des architectes, Botta et Mangeat, pour élaborer un autre projet que celui de la ville, reléguant en deuxième catégorie le concours proposé par la ville.
Pris à dépourvu, le municipal des travaux de l’époque, Jean Jacques Schilt ne cache pas son irritation à l’égard du LO et d’Eugène Ruffy, un conflit entre ces deux personnes qui durera plus de 10 ans et qui retardera l’inéluctable : le développement de la Surface du Flon.

A suivre, merci de votre lecture

Guillaume Morand, président de My Flon, l’association des acteurs économiques et sociaux du Flon.

Sur la photo : place de l’Europe en 1985, en attendant le dénouement politique…
La passerelle date de 1960 et a été construite pour l’expo 64, de même que l’horrible devanture encore actuelle du métro, comme les rajouts tout aussi horribles au bas de la maison Mercier.

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