1238063_429399503846045_835973802_nNous sommes donc en 1988, l’idée de la municipalité lausannoise de lancer un concours d’idées sur la plateforme du Flon fait son chemin. Deux ans se sont passés depuis le refus populaire du Plan d’Extension Partiel (PEP) Gare du Flon qui prévoyait de construire un quartier d’affaires et de commerces autour de la surface de transports publics de la Gare du Flon incluant les projets du futur TSOL, de l’arrivée future du LEB et du projet d’àtendre la ligne Lausanne Ouchy vers le Nord, le futur M2.

De son côté, la société LO Holding, menée par son administrateur délégué, Eugène Rufy, est toujours en rupture avec la ville. Elle refuse de participer au concours d’idées lancée par la municipalité et va de son côté développer son propre projet réalisé par les architectes Mario Botta et Vincent Mangeat.

Pour la municipalité de gauche de l’époque, le fait de lancer un concours d’idées diminuera l’influence du propriétaire, la décision étant prise par un jury.
En 1989, la ville attribue le premier prix de son concours d’idées au projet pont ville des architectes B.Tschumi et L.Merlini .

Les deux projets de la ville et du LO ont deux points en commun : ils feront table rase du passé industriel de la surface du Flon, ne conservant que les 3 immeubles protégés (Entrepôt fédéral et magasins du LO), et les 2 projets créeront, en plus de grands centres commerciaux et d’importantes surfaces de bureaux et de commerces, une grande zone verte dans le sud du Flon, au pied de la butte de Montbenon.
Le projet Ponts Ville prévoit pas moins de 4 ponts au-dessus de la vallée du Flon pour relier le quartier de Montbenon et son esplanade.

En 1990 Yvette Jaggi devient syndic de Lausanne et c’est seulement en 1991 que la nouvelle majorité rose verte choisit le projet pont ville comme base du futur plan partie d’affectation (PPA) et relègue du même coup aux oubliettes le projet du LO par Botta et Mangeat.
Les relations entre la ville de Lausanne et la LO Holding restent cependant houleuses pour ne pas dire plus. En 1993 les négotiations en vue de régler le nouveau PPA sont dans l’impasse. La holding LO reproche au plan de la ville un trop grand nombre de logements et pas assez de parking.

Sept ans se sont passés depuis le refus populaire du PEP Gare du Flon et une nouvelle fois le débat autour de son développement devient un débat politique : la majorité municipale socialiste suivie de ses conseillers communaux soutiennent le projet ponts ville, menée par un Jean-Jacques Schilt gonflé à bloc devenu directeur des travaux.
Et des côtés des opposants, une alliance se forme contre toute attente et surtout contre nature : la droite, le POP (à gauche toute) et les écologistes (GPE) s’allient pour dire tout le mal qu’ils pensent du projet Ponts Ville.

En effet le projet Pont Villes de Tschumi prend l’eau. Le projet de tout raser et de construire ces 4 ponts quelque peu inutiles devient exagéré dans un contexte économique qui a changé depuis 1986, la crise ayant passé par là.
De plus, comme on l’a vu,le projet rencontre une forte opposition politique et surtout l’opposition du propriétaire de toute la surface du Flon, la LO Holding.

RECOUAC : L’IMPASSE TOTALE.

C’est finalement le 6 septembre 1994 que le conseil municipal se décida sur le PPA du mégaprojet Ponts Ville et… qui le refusa par 51 non contre 39 oui, huit ans après le refus populaire sur le PEP Gare du Flon.
Encore raté, caramba, retour à la case zéro !!!

Huit ans !! La société Holding LO et son administrateur avaient bien compris que tout durerait beaucoup de temps après l’échec de 1986, que rien n’allait être simple dans ses relations avec la ville.
Et c’est bien depuis cette date qu’ils allaient changer de tactique dans leur gestion immobilière des entrepôts du Flon : au lieu de les conserver vides en vue des futurs travaux, elle allait les louer dans l’état, à qui voudrait bien venir s’installer dans des locaux non rénovés depuis des lustres et aux conditions précaires.
Car c’était bien le problème principal pour la société immobilière : en plus des départs « naturels » des entrepreneurs du Flon vers les banlieues de l’ouest lausannois, d’autres partaient en prévision des travaux à venir paraissant imminents, les dépôts se vidaient de plus en plus.

Et c’est cette décision de la LO de réattribuer ces locaux vacants qui fit entrer le Flon dans une de ses périodes les plus intéressantes avec la venue sur sa plateforme de nouveaux pionniers, les pionniers du « Flon alternatif », plus d’un siècle après les premiers pionniers du Flon invités à venir s’installer sur la surface par Jean-Jacques Mercier Marcel, les pionniers de l’industrie vaudoise.

A suivre, merci pour votre lecture

Guillaume Morand, président de My Flon, association des acteurs économiques et sociaux du Flon.

Photo : Côtes de Montbenon vers 1990, les camionnettes des maraîchers foisonnent.
Côtes de Montbenon : dernière chance de rendre de la convivialité au Flon en rénovant tous les locaux sur la droite de la photo avec des loyers modérés qui serait anéantie par la construction de la maison du livre et de la rampe Vigie Gonin.

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